l'Homme

Cette histoire se passe sur la terre à cet endroit précis où le soleil est le roi des êtres et des choses quand la nuit glacée lui a un instant  laissė son royaume. C est un peu loin des hommes mais on en trouve parfois ,sorte d'esquif gracile dont les voiles bruissent et chaloupent doucement. C est un peu loin du monde que tu connais et dans lequel les hommes amassés s'évertuent à enfanter sans toutefois se mélanger.C'est sur la terre, je te dis, en plein milieu , à cet endroit précis. 

L'homme qui vient n est pas d 'ici. Bien trop clair d' abord et puis il s´arrête quant tout incite à poursuivre sa piste. Dans sa face mordue par le soleil brillent deux zircons Bleus et la lumière. argentée d' une barbe ondoyante. Il a longtemps marché . Il marche depuis toujours. Une lampe sur le front et une pelle dans sa main. Je crois qu il a fait le tour de la terre. Il a fait le tour des hommes . Maintenant il s arrête . Là, à cet endroit précis. Et il se met à creuser. Bientôt On ne voit plus que ses chaussures sortir du tunnel. encore quelques secondes et il ne reste plus rien du bonhomme si ce n'est une fraîche cicatrice sur la terre. La nuit reprend son règne et le vent qui s est levé se charge de la faire disparaître. C'est ainsi, à cet endroit précis , l' homme ne fait que passer .

Il est descendu creusant son chemin en un étroit goulot de terre. Il a laissé sa pelle devenue inutile derrière lui, puis quelques temps plus loin, sa lampe faiblissante. Il ondule maintenant contre les parois élastiques et gluantes de son tunnel. Chaque vague d efforts le propulse un peu plus vers l'avant. Tout est noir. Sur son visage autrefois si blanc , la terre s'est appliquée à tout effacer. Elle n'a gardé en lui que les deux zircons bleus qui lui appartenaient. Elle    le presse de tout côté arrachant au passage de longs lambeaux d' étoffes, mangeant sa couleur claire pour mieux le digérer. L'homme se laisse faire. Il a compris. Il l'accompagne , écartant  son passage à larges contractions de son corps. Une dernière onde puis soudain, l'écran de terre s'effondre devant lui et le libère dans un flot jaillissant de lumière .

C'est le grand jour, le large jour scintillant et diamanté. L' homme se secoue un peu. Il a faim. Aussitôt les deux femmes lui apportent un nectar délicieux. Elles  évoluent dans ce halo de lumiere moirée , légères et babillantes. La musique de leurs mots compose une mélodie etrange qui rebondit sur les murs de l'alvéole  luminescente , et dont le sens vient aussitôt s'imprimer dans la conscience de l'homme. Elles lui disent la paix et la force de l espérance. Ses maux coulent et l'homme s'endort emportant avec lui sa part de futur.

Il s'est remis à creuser. Il avance vite maintenant. Il n'a plus ni pelle, ni chaussures, ni couleur. Il est nu. Mais il sait désormais où il va. Il descend à la verticale. Loin .profondément.Jusqu' à ce que la terre l'expulse une nouvelle fois.

C'est  la nuit infinie, la première et la seule. La terre l a craché là. Il se déplie et cligne plusieurs fois des yeux. Sa main tâtonne sur le rugueux de cette cavité. Il la caresse et de cette douceur infinie jaillissent les couleurs. Le rouge profond et sanguin. L' ocre jaune puissante et entêtée. Le blanc poudreux et pur. La femme vient de poser sa main sur la paroi rocheuse .Aussitot, le noir s'illumine traçant le reflet orangé de sa paume , La seconde prend la main de l'homme et la guide sur cette empreinte. Ses doigts larges et puissants s'encastrent parfaitement sur la peinture. Quand il retire sa main, il sait désormais d' où il vient.

L'homme s ´est remis à creuser. Avec acharnement et cette fois il remonte .il n' a plus d'air. Il est prêt. Dans un instant, il va renaître. Il a fait le tour de la terre. Il a fait le tour des hommes. Il a fait le tour de lui même. Il porte en lui l' espérance de l humanité et les couleurs du temps. Il est l'Homme. Il est l'Artiste.

 

 

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